Igor Stravinsky et ses quatre enfants – Morges, 1915 * La première guerre mondiale provoque bien évidemment de profonds bouleversements dans la vie de Stravinsky. Après un bref séjour en Russie, juste avant le début du conflit, le compositeur se voit contraint de quitter sa patrie qu’il ne reverra qu’en 1962 en tant que citoyen américain. Igor Stravinsky fait le choix de s’installer en Suisse plutôt que de soumettre sa famille (désormais composée de quatre enfants) aux aléas d’une vie nomade. Il s’établit sur les rives du lac Léman où il a déjà séjourné à plusieurs reprises et où ses deux derniers enfants voient le jour (Soulima 1910 – Milène 1914). La séparation d’avec son pays natal provoque chez Stravinsky l’envie, le besoin de puiser dans les thèmes folkloriques russes pour ses nouvelles compositions. Les recueils de chants populaires anciens ramenés de son dernier voyage à Kiev nourrissent une bonne partie de sa production suisse. Les deux œuvres les plus importantes sont Noces et Renard.
Igor Stravinsky et Charles-Ferdinand Ramuz – Morges, 1917 * Pendant cette période, de nouvelles amitiés se scellent qui jouent un rôle important dans la vie de Stravinsky : le chef d’orchestre Ernest Ansermet, les peintres René Auberjonois, Jean Morax, Alexandre Cingria, le poète Ramuz (avec qui il travaillera la version française de Renard et de Noces). Dans ses « Souvenirs sur Stravinsky » Ramuz écrit « Nous nous étions dit Stravinsky et moi : pourquoi alors ne pas faire simple ? pourquoi ne pas écrire ensemble une pièce qui puisse se passer d’une grande salle, d’un vaste public ; une pièce dont la musique (…) ne comporterait que peu d’instruments et n’aurait que deux ou trois personnages ? ». L’instrumentation est sobre (7 instruments). Stravinsky puise son inspiration dans les spectacles de rue et de cirque et s’amuse à détourner des musiques en vogue à l’époque en faisant appel au ragtime, au tango, au jazz et à la valse. Il utilise les contes d’Afanassiev pour rédiger le livret. Un naïf soldat déserteur, détenteur d’un violon, cède son âme au diable. Ce texte écrit dans un style qui tient à la fois du poème et du conte n’est pas chanté mais parlé. L’œuvre est créée à Lausanne en septembre 1918 sous la baguette d’Ernest Ansermet.
Igor Stravinsky – Les Diablerets, 1917 * D’autres œuvres influencées par le jazz suivront, notamment Ragtime pour 11 instruments (1918) et Piano Rag Music (1919), pièce dédiée à Arthur Rubinstein, qui poursuit l’exploration « satanique » du jazz, entreprise dans l’Histoire du Soldat et Ragtime. Rapidement après la fin de la guerre, Diaghilev commence à relancer sa compagnie et prend contact avec Stravinsky. Leur rencontre est délicate car Diaghilev a du mal à accepter la nouvelle indépendance de son protégé et ce dernier est blessé par le manque d’intérêt de son impresario pour Renard et l’Histoire du Soldat. Stravinsky est néanmoins séduit par l’idée de Diaghilev d’orchestrer plusieurs morceaux attribués au compositeur italien du 18e siècle Pergolèse pour en faire un ballet basé sur des personnages de la Commedia dell’arte. Pulcinella, composée à Morges entre 1919/1920, devient une œuvre moderne et le public est charmé. Ce ballet marque un tournant dans l’œuvre de Stravinsky et inaugure le style néoclassique du compositeur. Après avoir été influencé par le folklore russe puis par le jazz, Stravinsky découvre la musique du passé. |