La période Russe : 1902 - 1914
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Igor Stravinsky – 1907 *

Lors de vacaces à Bad Wildungen près de Heidelberg en 1902, Igor Stravinsky a l’occasion de rencontrer Nicolas Rimsky-Korsakov à qui il exprime son désir de devenir compositeur. Il lui présente ses premiers essais de composition et devient par la suite son élève. Il dira « Son savoir était précis (…), son enseignement entièrement technique »***. Après la mort de son père en novembre 1902, le jeune Igor rejoint le clan Rimsky-Korsakov qui devient une seconde famille. Il se fait de nouveaux amis. De 1905 à 1908, il étudie régulièrement l’orchestration avec son maître.

Dans cette Russie du début du XXe siècle où s’épanouit un brillant mouvement culturel, Igor fréquente assidûment les « Soirées de musique contemporaine ». Il y rencontre tous les compositeurs, poètes et artistes de Saint Pétersbourg. C’est là qu’il fait entendre ses premières œuvres. Stravinsky prend son indépendance, épouse en 1906 sa cousine Catherine Nossenko, a un fils en 1907 (Théodore) puis une fille en 1908 (Ludmila). Catherine apporte un soutien sans limite à son mari et l’encourage dans ses entreprises.


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Igor et Catherine Stravinsky – Clarens, 1913 *


En 1907, il achève sa Symphonie en mi bémol majeur dont la forme et l’orchestration sont fortement influencées par Rimsky-Korsakov. La partition lui est d’ailleurs dédiée « A mon cher Maître Nicolas Andreïevitch Rimsky-Korsakov ». Alors qu’il travaille sur Feu d’Artifice, une fantaisie orchestrale prévue pour le mariage de la fille de Rimsky-Korsakov, il apprend la mort de celui-ci. Choqué et attristé par la nouvelle, il écrit un Chant Funèbre à sa mémoire. Il reprend ensuite Feu d’Artifice qui est créé le même soir que son Scherzo Fantastique le 6 février 1909 aux concerts Siloti. Cette soirée est déterminante pour la carrière de Stravinsky puisqu’il y est remarqué par un spectateur attentif : Serge Diaghilev. Le fondateur des célèbres « Ballets Russes » demande tout d’abord à Stravinsky d’orchestrer deux pièces de Chopin pour son ballet « Les Sylphides » créé à Paris le 2 juin 1909 au Théâtre du Châtelet.

Sa foi dans le jeune homme le conduit par la suite à lui commander un ballet : L’Oiseau de Feu. Stravinsky travaille avec le chorégraphe Michel Fokine. Leur collaboration est un succès. L’argument, simple, est extrait de contes russes. Le prince « Ivan Tsarévitch » capture un oiseau de feu qui lui remet une plume magique en échange de sa liberté. On sent encore l’influence de Rimsky-Korsakov dans la partition mais elle est marquée par un style personnel.

Stravinsky expérimente déjà de nouveaux procédés et l’on remarque une concordance de rythmes inhabituelle. La puissance de la danse finale laisse déjà entrevoir les futures violences du Sacre du Printemps. Le ballet est écrit pour un orchestre symphonique de grande dimension. La première représentation, le 25 juin 1910 à l’Opéra de Paris, conquiert les spectateurs et rend le jeune Stravinsky mondialement célèbre du jour au lendemain.

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Nijinsky dans Pétrouchka – 1911

La gloire se confirme et s’amplifie le 15 juin de l’année suivante au Théâtre du Châtelet à Paris avec Petrouchka, second volet de la trilogie russe du compositeur. Ce nouveau ballet est un triomphe, dû à la nouveauté et à la qualité de la partition, mais aussi à l’inoubliable et émouvante interprétation de Vaclav Nijinsky. Petrouchka est un conte folklorique qui narre l’histoire d’une marionnette souffrant de n’être qu’un simple pantin qui ne peut exprimer son amour à l’égal d’un être humain. L’action se situe en 1830 à Saint Pétersbourg pendant les fêtes de mardi gras. La musique, par moments dissonante, illustre la douleur des sentiments. La partition pour un très grand orchestre possède une force extraordinaire. Stravinsky bouleverse l’univers ordonné et doctoral du classique. Le rythme, avec ses changements fréquents, est un élément primordial. « En composant cette musique, j’avais nettement la vision d’un pantin subitement déchaîné qui, par ses cascades d’arpèges diaboliques, exaspère la patience de l’orchestre, lequel à son tour lui réplique par des fanfares menaçantes ». **

Après ses premières tentatives dans L’Oiseau de Feu  et Petrouchka, Stravinsky intensifie la brutalité rythmique de sa composition. Avec le Sacre du Printemps, le compositeur atteint son indépendance musicale. « J’entrevis dans mon imagination le spectacle d’un grand rite sacral païen »**. Igor Stravinsky traduit cette vision en langage musical. Pour exprimer la sonorité païenne requise, Stravinsky utilise un orchestre important où dominent les percussions et les bois.

Le compositeur a conçu lui-même le livret avec le peintre Nicolas Roerich. Le spectacle se compose de « tableaux de la Russie païenne ». Dans l’acte 1, « l’adoration de la terre », les personnages se livrent à une danse pour glorifier le printemps qui s’annonce. Dans l’acte 2, « le sacrifice », une adolescente est choisie pour être livrée au dieu sous le regard des aïeux qui contemplent le sacrifice.

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Igor Stravinsky – Oustiloug, 1913 *

Ce ballet, l’une des plus audacieuses réalisations des « Ballets Russes », suscite un scandale retentissant lors de sa création le 29 mai 1913 au Théâtre des Champs-Elysées à Paris. La partition révolutionnaire de Stravinsky d’une part et la chorégraphie compliquée et déroutante de Nijinsky d’autre part, déclenchent dès les premières mesures la « bataille du Sacre ». Détracteurs et défenseurs de l’œuvre se déchaînent les uns contre les autres. Le Sacre du Printemps choque le public par son impression de chaos et sa rupture avec les critères conventionnels de la danse. La composition complexe et subtile avec des rythmes brusques impose une nouvelle conception de la musique. A la sortie du théâtre, Maurice Ravel déclare que c’est une œuvre de génie. Le Sacre est devenu un classique incontournable et constitue l’un des piliers de la musique du XXe siècle.  Un nouvel esthétisme musical est né.

Cette première période de la vie du compositeur durant laquelle il fait preuve d’une remarquable énergie est celle de ses œuvres les plus célèbres.

« N’y a-t-il pas lieu de s’émerveiller, s’interroge son fils Théodore, de la stupéfiante vitalité créatrice dont fait preuve le jeune musicien de 30 ans ? Ne réalise-t-il pas en trois ans les trois chefs-d’œuvre qui vont le placer au faîte de la renommée ? Et cela en assumant les charges d’une famille qui vit dans une atmosphère de perpétuelle transhumance à laquelle s’ajoutent les multiples déplacements personnels… »


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** Chroniques de ma vie
*** Souvenirs et commentaires
**** Catherine et Igor Stravinsky : A Family Album