Parents d’Igor Stravinsky – Odessa, 1874 *
Igor Feodorovitch Stravinsky est né le 17 juin 1882 (5 juin selon l’ancien calendrier russe) à Orianenbaum en Russie, petite localité de villégiature située sur le Golfe de Finlande. Il passe sa jeunesse à Saint Pétersbourg, ville récente, dynamique et innovante. Son père, Feodor Ignatiévitch Stravinsky, première basse de l’opéra impérial et sa mère excellente pianiste sont des intellectuels strictes. Leur maison est ouverte à tous et leur exceptionnelle bibliothèque attire les artistes de l’époque. Igor grandit dans une atmosphère culturelle et se rend régulièrement au théâtre Mariinsky. Il apprécie la musique dès son plus jeune âge en entendant, pendant ses vacances à la campagne, les chants paysans russes qui influenceront pses premières compositions.
Igor Stravinsky – St-Pétersbourg, 1904 *
L’événement le plus marquant de son enfance est probablement d’avoir accompagné son père qui chante dans un opéra de Glinka. Il aperçoit la silhouette mélancolique de Tchaïkovsky ; il dira plus tard « son souvenir a renforcé ma volonté de devenir compositeur ». Il débute le piano à neuf ans. Les parents d’Igor ne souhaitent pas que leur fils devienne musicien et le dirigent vers des études de droit après ses études secondaires. A l’université, il rencontre Vladimir Rimsky-Korsakov, le fils cadet du célèbre compositeur. Grâce à ce nouvel ami, il peut présenter ses premiers essais au maître qui, décelant du talent chez le jeune homme, lui donne des leçons particulières d’harmonie et de contrepoint jusqu’à sa mort en 1908.
Igor et Catherine Stravinsky – Omelno, 1906 *
Après le décès de son père en 1902, Igor Stravinsky prend son indépendance et élargit le cercle de ses connaissances. Il côtoie des artistes tels que Claude Debussy, César Frank, Emmanuel Chabrier, Paul Dukas. Il termine ses études de droit en 1905 et épouse, l’année suivante, sa cousine Catherine Nossenko dont il aura quatre enfants.
Igor et Catherine se connaissent depuis leur enfance et ont de nombreux intérêts en commun. Catherine, fine musicienne, est une aide précieuse pour Igor. Véritable collaboratrice, elle relit et recopie fidèlement ses partitions.
En 1909, le directeur des Ballets Russes, Serge Diaghilev, découvre le Scherzo Fantastique et Feu d’Artifice. Sous le charme de ces œuvres, il incite Stravinsky à composer pour sa compagnie et pendant 20 ans restera son ami et impresario. Dans un premier temps, Diaghilev lui demande d’instrumenter le Nocturne et la Valse Brillante de Chopin. Il lui commande ensuite un ballet inspiré du conte russe de l’Oiseau de Feu, ballet créé en 1910 à l’Opéra de Paris, chorégraphié par Michel Fokine. La représentation est un triomphe et marque le début de la gloire pour Stravinsky qui n’a alors que 28 ans. Claude Debussy, Maurice Ravel, Florent Schmitt l’accueillent avec enthousiasme et à Paris, le jeune compositeur s’intègre à la société artistique de l’époque que fréquentent Picasso, Braque, Cocteau, Satie.
Igor Stravinsky – Clarens, 1911 *
Le succès se confirme au Théâtre du Châtelet à Paris en 1911 avec un second ballet, Petrouchka, histoire de trois marionnettes auxquelles un magicien donne vie. Nijinsky, dans le rôle de Petrouchka, est extraordinaire. Diaghilev décide alors de lui confier la chorégraphie du Sacre du Printemps sur lequel travaille Stravinsky en compagnie de Nicolas Roerich. L’originalité de la musique et la chorégraphie peu conventionnelle (danseurs pieds rentrés et genoux pliés) déconcertent le public. La première du spectacle, le 29 mai 1913 dans le tout nouveau Théâtre des Champs-Elysées provoque un véritable scandale mais une nouvelle ère s’ouvre désormais dans l’histoire de la musique. L’œuvre est par la suite rapidement réhabilitée pour devenir l’une des pièces majeures du 20e siècle.
Avec la guerre, les activités des Ballets Russes se trouvent interrompues. Stravinsky s’exile en Suisse avec sa famille, pays qu’il connaît bien pour y avoir séjourné maintes fois. Le compositeur privé de tous ses biens par la révolution russe se construit une nouvelle vie, entouré de l'écrivain Charles-Ferdinand Ramuz, du peintre René Auberjonois, du chef d'orchestre Ernest Ansermet.
L’organisation de spectacles de grande envergure devient impossible et il compose pendant cette période des œuvres ne nécessitant que des ressources limitées : Renard, l’Histoire du Soldat en collaboration avec Ramuz. Ils étudient également ensemble la version française de Noces. Au cours d'un voyage en Italie, en 1917, il se lie avec Picasso.
Costume pour Renard – Aquarelle de Larionov
En 1919, Diaghilev propose à Stravinsky d’adapter une œuvre du compositeur italien du 18e siècle Pergolèse. C’est ainsi que Stravinsky travaille sur les manuscrits de Pulcinella, héros de la Commedia del’Arte, en collaboration avec Picasso pour les décors et Massine pour la chorégraphie. Après cette période, souvent dite « russe », cette œuvre marque le début de sa période dite « néo-classique ». En 1920, la famille Stravinsky s’installe en France où elle changera plusieurs fois de résidence jusqu’en 1939.
Les années de guerre finies, Stravinsky prépare un opéra-bouffe, Mavra, et à la demande de Diaghilev orchestre deux mouvements du ballet de Tchaïkovsky La Belle au Bois Dormant. C’est aussi à cette époque qu’il signe un contrat avec la maison Pleyel pour réaliser la transcription de ses œuvres sur piano mécanique. En 1924, incité par le chef d’orchestre russe Koussevitsky, Stravinsky débute sa carrière de chef et de pianiste ce qui exige de nombreuses heures de répétition.
1925 est l’année de sa première tournée aux Etats-Unis. Lors de son séjour américain, il passe un accord avec la maison de disque Columbia pour enregistrer une partie de ses œuvres : « Ce travail m’intéressa beaucoup car ici, bien plus qu’avec les rouleaux, j’avais la possibilité de préciser et fixer exactement mes intentions » (*). Attiré par les sujets antiques, il sollicite à son retour Jean Cocteau pour lui demander de collaborer à la création d’un opéra-oratorio, Oedipus-Rex.
Cette même année, Stravinsky reçoit la commande d’un ballet pour un festival de musique contemporaine ayant lieu à Washington D.C ; après Oedipus-Rex, il choisit à nouveau de s'inspirer d'un sujet en rapport avec l'antiquité grecque et retient le thème d'Apollon. Le rôle principal d’Apollon Musagète (Apollo) est confié à Serge Lifar.
La célèbre danseuse et mécène Ida Rubinstein lui passe commande d’un nouveau ballet : Le Baiser de la Fée, œuvre inspirée par la musique de Tchaïkovsky. En août 1929, la disparition de Diaghilev laisse un terrible vide dans la vie de Stravinsky.
Ce décès marque pour Igor la fin d’une longue amitié, faite de hauts et de bas mais empreinte d’un grand respect et d’une admiration mutuelle ; c’est aussi la fin d’une époque qui renforce pour Stravinsky la rupture avec sa Russie natale.
Tombe de Diaghilev - Venise
Retrouvant la foi de ses jeunes années, il revient vers la religion orthodoxe et compose trois œuvres religieuses dans les années 30, Symphonie de Psaumes (pour les 50 ans du Boston Symphony Orchestra), un Credo et un Ave Maria.
En 1931, Stravinsky rencontre le violoniste Samuel Dushkin avec qui il collaborera régulièrement. L’année suivante, à la demande d’Ida Rubinstein, il compose un ballet sur un poème d’André Gide. Les deux hommes se rencontrent et bien qu’ils aient du mal à s’accorder, leur collaboration aboutit à la création de Perséphone. Cette même année, lors d’un festival à Barcelone, Stravinsky présente pour la première fois au public son fils pianiste Soulima.
Igor Stravinsky devient citoyen français le 10 juin 1934. Il rédige les « Chroniques de ma vie » qui sont en partie éditées en 1935, année de sa seconde tournée américaine. Il se consacre à nouveau à la composition d’un ballet, Jeu de Cartes, chorégraphié par Balanchine pour l’American Ballet. La première a lieu au Metropolitan Opera de New York sous sa direction.
Igor Stravinsky traverse une période difficile de solitude et de tristesse, en perdant coup sur coup sa fille ainée Ludmilla et sa femme toutes deux atteintes de tuberculose, puis sa mère (1938/1939). Il se voit lui-même contraint de passer cinq mois dans un sanatorium en Suisse pendant lesquels il rédige ses cours sur la poétique musicale. Il est en effet appelé par l’Université de Harvard qui lui confie sa fameuse Chaire Poétique pour dispenser une série de conférences devant un heureux parterre d’étudiants.
Stravinsky émigre aux Etats-Unis en 1940, épouse en secondes noces Véra de Bosset et s’installe définitivement à Hollywood. Sa fille Milène et son fils Soulima s’établissent également en Amérique ; son fils ainé, Théodore, reste en Europe et vit en Suisse. Stravinsky adopte la nationalité américaine en 1945.
En Amérique, de nouveaux projets, parfois originaux, voient le jour. Stravinsky s’intéresse également beaucoup au jazz. Les Studios Disney lui empruntent des extraits du Sacre du Printemps pour leur dessin animé « Fantasia », le cirque Ringling Brothers Barnum & Bailey lui passe commande d’un ballet pour éléphants, Circus Polka, (1942), il compose Four Norvegian Moods (1942) pièces inspirées du folklore norvégien destinées à illustrer un film sur l’invasion de la Norvège (projet finalement non abouti). Entre 1948 et 1951 Stravinsky compose un opéra en anglais, The Rake’s Progress, (La carrière du libertin) sa production la plus longue qui marque la fin de sa période néoclassique. La composition suivante, la Cantate, constitue une œuvre de transition entre sa période néoclassique et sa période sérielle. A partir de 1952, il se familiarise avec le sérialisme qu’il commence à utiliser. En 1962 il est invité par l’URSS à l’occasion de ses 80 ans. Au terme d’une gigantesque tournée mondiale, il retourne triomphalement sur sa terre natale après 48 ans d’exil et se rend à Moscou puis Leningrad. Cette même année il est reçu pour un dîner à la Maison Blanche par Kennedy. Attristé par l’assassinat du président un an plus tard, il compose une petite œuvre très pure, Elegy for J. F. K. exécutée à New York sous sa direction pour le premier anniversaire de la mort de Kennedy.
De 1957 à 1967, soucieux d’assurer l’exécution exacte de ses œuvres, il entreprend un enregistrement quasi intégral de sa production avec la firme CBS. En 1967, il donne son dernier concert à Toronto. Stravinsky a 85 ans et sa santé commence à décliner. Il quitte sa maison de Hollywood en 1969 pour s’installer à New-York. En 1970 il entreprend un dernier voyage en Europe à Evian où il rencontre sa famille genevoise : son fils Théodore et son épouse, sa petite fille Catherine et fait la connaissance de son arrière petite-fille Marie. Sa nièce Xénia est spécialement venue de Russie, plus ou moins envoyée par le gouvernement qui souhaite un retour au pays du compositeur.
Après plusieurs hospitalisations, Stravinsky s’éteint à New York, le 6 avril 1971. Ses funérailles ont lieu le 15 avril à Venise.
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La création de Stravinsky a été d’une exceptionnelle longueur, s’étendant sur 60 années. Compositeur aussi prolifique qu’original, il a participé activement aux différents courants qui ont traversé son époque. Il est certainement l’un des plus grands compositeurs du 20e siècle, s’imposant par sa stature, sa faculté d’adaptation et son étonnante fécondité.
* Fondation Théodore Strawinsky, Genève. Toutes utilisations ou reproductions interdites
Tombe de Diaghilev - Venise
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